Alors que la profession du diagnostic immobilier se réunit aujourd’hui pour réfléchir collectivement à son avenir, le gouvernement s’apprête à donner un nouveau coup de canif au DPE. En abaissant encore le CEP (coefficient d’énergie primaire) de l’électricité, il pourrait mécaniquement faire fondre un peu plus le stock de passoires énergétiques. Comme par enchantement, sans les moindres travaux.
Longtemps figé à 2,58 depuis les années 1970, le coefficient d’énergie primaire (CEP) de l’électricité n’en finit plus de bouger. Il est passé à 2,3 avec la réforme du DPE de 2021, puis à 1,9 au 1er janvier 2026. Et ce n’est manifestement pas terminé.
Au nom de l’électrification des usages et de la décarbonation, le gouvernement envisage désormais de l’abaisser à 1,7. Une orientation déjà esquissée dans le plan électrification présenté fin avril par Sébastien Lecornu et confirmée désormais par le cabinet de la ministre chargée de l’énergie. Le CEP sert à convertir l’énergie finale — celle réellement consommée et facturée — en énergie primaire, c’est-à-dire l’énergie totale mobilisée pour produire et acheminer cette énergie. Dans ce calcul, l’électricité part avec un handicap : il faut produire l’électricité avant de la consommer. Le gaz ou le fioul, eux, conservent un coefficient de 1. D’où cette volonté politique de “rééquilibrer” le calcul.
Des centaines de milliers de logements reclassés
Sur le terrain, pour le diagnostiqueur, cette évolution ne changerait quasiment rien. La méthode de calcul resterait identique, les relevés aussi. En revanche, les consommations et l’étiquette énergétique évolueraient mécaniquement. Concrètement, de nombreux logements chauffés à l’électricité aujourd’hui classés F ou G pourraient remonter d’une classe et sortir du statut de passoire énergétique. Sans isolation supplémentaire, sans toucher aux menuiseries ou au chauffage, sans aucune rénovation.
Selon le gouvernement, la réforme entrée en vigueur au 1er janvier 2026 avait déjà permis à environ 800.000 logements de quitter les classes F et G. Selon les premières estimations, un CEP abaissé à 1,7 pourrait encore « repêcher » près de 400.000 logements supplémentaires en les sortant de la zone rouge.
Avec une conséquence loin d’être anodine : certains logements échapperaient alors aux interdictions progressives de location. Et les propriétaires concernés pourraient également retrouver la possibilité d’augmenter les loyers, aujourd’hui gelés pour les passoires énergétiques.
Une réforme qui interroge
Que le gouvernement adapte le CEP à l’évolution du mix électrique français peut s’entendre. La part de l’électricité décarbonée n’a plus grand-chose à voir avec celle des années 1970, lorsque le coefficient de 2,58 avait été défini. Mais cette nouvelle évolution, quelques mois seulement après celle de janvier 2026, pose question. Pourquoi être passé de 2,3 à 1,9… avant d’envisager déjà 1,7 ? Pourquoi ne pas avoir directement fixé une trajectoire claire et stable ?
D’autant que ce nouveau seuil pourrait lui-même n’être qu’une étape intermédiaire. Dans son plan électrification, le gouvernement évoque déjà l’idée d’un alignement complet entre le gaz et l’électricité, ce qui reviendrait à rapprocher encore davantage leurs coefficients respectifs. Une évolution qui supposerait toutefois des discussions au niveau européen.
Le DPE, encore fragilisé
Dans cette histoire, le DPE risque surtout d’apparaître une nouvelle fois comme le dindon de la farce. Car même si le diagnostic ne se résume pas à une simple étiquette énergétique, c’est souvent ainsi qu’il reste perçu par le grand public. Et ces modifications successives finissent par brouiller le message. Juillet 2021, novembre 2021, juillet 2024, janvier 2026… et bientôt une nouvelle retouche ? Sans compter les ajustements plus discrets passés sous les radars.
À force de bouger les curseurs, le risque est réel de décrédibiliser un outil pourtant devenu central dans les politiques du logement et de rénovation énergétique. Car lorsqu’un logement cesse d’être une passoire sur le papier, sans qu’aucuns travaux n’aient été réalisés, difficile ensuite d’expliquer au grand public que le DPE reste malgré tout un indicateur fiable.

