Assises du diagnostic : l’État face à ses responsabilités

J-1. Ce jeudi 21 mai se tiendront à Paris les premières Assises du diagnostic immobilier voulues par le ministère. Un rendez-vous hautement symbolique pour une profession qui n’a jamais autant occupé le devant de la scène… tout en traversant l’une des périodes les plus agitées de son histoire.

Le programme est dense. Peut-être trop dense. Trois tables rondes autour de sujets majeurs : la formation et l’attractivité du métier, la déontologie, et la représentativité. Et derrière ces intitulés, une foule de questions qui s’accumulent depuis des mois, souvent des années.

Quelle formation demain pour les nouveaux entrants ? Comment attirer de jeunes diagnostiqueurs alors qu’une partie importante de la profession approchera bientôt de la retraite ? Comment restaurer la confiance autour du DPE sans ajouter encore de nouvelles contraintes ? Faut-il revoir la certification ? Comment lutter contre les prix cassés et la concurrence déloyale ? Quelle place laisser à l’intelligence artificielle ? Jusqu’où responsabiliser le donneur d’ordre ?

La liste des sujets est vertigineuse. Et forcément, une question flotte déjà : que peut-on réellement attendre de ces trois petites heures d’Assises?

Un secteur devenu immense… et éclaté

Une centaine de participants sont attendus. C’est beaucoup pour débattre. C’est peu à l’échelle d’une filière qui dépasse largement les 12.000 diagnostiqueurs certifiés. Car le diagnostic immobilier ne se résume plus depuis longtemps aux seuls techniciens de terrain. La filière englobe aussi des centres de formation, des organismes de certification, des laboratoires, des éditeurs de logiciels, des fournisseurs d’équipements, des réseaux, des commerciaux, des assistantes, des fonctions support. Toute une économie s’est construite autour du diagnostic immobilier.

Et en vingt-cinq ans, le métier s’est profondément fragmenté. Entre un opérateur intégré intervenant principalement sur les polluants du bâtiment et un diagnostiqueur indépendant réalisant quotidiennement des DDT vente/location, les réalités économiques, les contraintes et parfois même la vision du métier n’ont plus grand-chose en commun. Ce sont parfois deux univers qui coexistent sans réellement se parler.

Les semaines qui ont précédé ces Assises l’ont d’ailleurs rappelé. Les prises de position se sont multipliées, souvent divergentes. Depuis vingt-cinq ans, les organisations professionnelles se succèdent, se divisent, se recomposent… sans jamais parvenir durablement à parler d’une seule voix.

Plus que des débats, des arbitrages

C’est tout l’enjeu de ces Assises. Officiellement, il s’agit d’organiser la profession. Dans son rapport remis début 2026, le député Daniel Labaronne plaidait pour une structure forte de représentation, proche d’un ordre professionnel, capable d’encadrer réellement la filière, de porter une déontologie commune et, le cas échéant, de sanctionner les opérateurs sortant du cadre.

Mais au fond, ce n’est peut-être pas des diagnostiqueurs eux-mêmes qu’on attend le plus ce 21 mai. C’est de l’État. Car les débats existent déjà. Les positions aussi. Les désaccords également. Ce qui manque désormais, ce sont des arbitrages, une méthode et surtout un cap clair.

Depuis 25 ans, la filière évolue par empilement de réformes, souvent dans l’urgence, en réaction, avec des responsabilités toujours plus lourdes pour les opérateurs, sans véritable gouvernance d’ensemble. À mesure que le diagnostic immobilier est devenu un outil central des politiques du logement et de la rénovation énergétique, l’État a renforcé les exigences… sans toujours assumer pleinement son rôle de pilote.

Les Assises ne régleront pas en une journée les tensions du marché, les divisions internes ou les polémiques récurrentes. Elles ne feront pas disparaître non plus les divergences entre les différents acteurs. En revanche, elles peuvent marquer un tournant si l’État décide enfin d’exercer pleinement sa tutelle.

En fixant des règles lisibles. En arbitrant certains conflits. En faisant passer l’intérêt général avant les intérêts particuliers — et parfois avant les ego. En donnant enfin une direction cohérente à une profession devenue incontournable. Car aujourd’hui, le diagnostic immobilier cherche moins des débats supplémentaires qu’une véritable colonne vertébrale.

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