Bien sûr, il existe des divergences. Mais il se dégage aussi de ces premières Assises du diagnostic immobilier, un large consensus sur les sujets cardinaux. Et c’est sans doute le principal message — positif de surcroît — à retenir : la filière aspire à se structurer, et l’idée d’un quasi-ordre fait désormais largement son chemin. Reste encore à savoir comment y parvenir.
Non le diagnostic immobilier ne se résume pas au DPE. Et oui, le diagnostiqueur joue « un rôle majeur » sur les questions de transition énergétique, de sécurité et de santé publique « pour protéger les Français » rappelle Vincent Jeanbrun, le ministre du Logement et hôte de ces premières Assises. Mais la filière, encore jeune, a besoin de se structurer.
Une après-midi, c’est décidément court. Trop court même pour apaiser des années de tensions ou d’incompréhensions. Pourtant, sur les grandes questions de fond — la formation, l’attractivité du métier ou encore la déontologie — les débats et les interventions ont révélé une profession finalement beaucoup plus alignée qu’on aurait pu le croire.
Bien sûr qu’il n’est plus possible de former un diagnostiqueur en quelques semaines. Cela tombe sous le sens. Bien sûr aussi que la profession doit séduire davantage les jeunes issus de formations post-bac, notamment en développant l’alternance, indispensable dans un métier de terrain. La surenchère des contrôles qui frise l’asphyxie, l’harmonisation des formations et une formation continue synonyme de véritable montée en compétence ont également été évoquées. Petits ou grands cabinets, spécialistes ou généralistes : sur ces sujets-là, tout le monde semble d’accord. Et finalement, comment pourrait-il en être autrement ?
Une voix unique, oui… mais comment?
Il aura fallu attendre plus de deux heures pour voir apparaître une véritable ligne de fracture. Et sans surprise, elle concerne la représentativité de la profession. Sur scène, on retrouvait à peu près tout ce que le secteur compte d’organisations, fédérations ou associations professionnelles plus ou moins représentatives, certaines historiques, d’autres apparues très récemment. Tour à tour invités à se prononcer sur l’avenir de la filière, leurs responsables affichent cependant la même ambition : parler d’une seule voix pour peser davantage dans le débat public.
Mieux encore, la proposition d’un quasi-ordre, d’une fédération unique ou d’un conseil agréé par le ministère — une piste largement suggérée par le député Daniel Labaronne, auteur du rapport et animateur de cette table ronde — semble recueillir l’essentiel des suffrages.
Mais alors, les diagnostiqueurs seraient-ils d’accord sur tout ? Presque. Le véritable point d’achoppement porte moins sur l’objectif que sur le moyen d’y parvenir. Pour construire cette représentation unique, faut-il passer par un vote ? Et si vote il y a, qui doit voter ? Sur scène et dans la salle, plusieurs indépendants réclament avec force un suffrage réservé aux seuls diagnostiqueurs certifiés. Sujet forcément sensible.
Les vieilles fractures ne sont jamais très loin
Derrière ces interrogations ressurgissent finalement des antagonismes vieux comme le diagnostic immobilier. Les majors de la filière, les superstructures, face aux petits cabinets qui ne veulent pas être absorbés par plus gros qu’eux. L’indépendant souhaite légitimement faire entendre sa voix, rester maître de sa destinée et ne pas être écarté des discussions. ANDI, FNDI, ONEDI… Les acronymes ont changé depuis vingt ans, mais le message reste finalement assez proche : la défense d’un modèle indépendant face aux mastodontes du secteur.
Certaines craintes sont tenaces. Pourtant, le temps a démenti bien des prophéties. Depuis vingt ans, on annonce régulièrement la disparition du diagnostiqueur indépendant, mécaniquement avalé par un marché toujours plus concentré, comme cela avait été le cas dans le contrôle technique automobile, longtemps cité en référence. La prédiction ne s’est jamais réalisée. L’indépendant solo est toujours là, et à l’évidence durablement installé dans le paysage.
Une profession devenue plurielle
Mais il n’est plus seul. Et son poids dans le métier a diminué avec l’émergence de superstructures, le développement d’acteurs régionaux ou encore l’essor des cabinets intermédiaires. Les modèles ont changé, le métier aussi. Il s’est diversifié.
Dans la salle, on trouvait des diagnostiqueurs certifiés uniquement pour l’amiante, ou l’énergie, des formateurs, des certificateurs, des dirigeants qui ne sont plus eux-mêmes certifiés… Mais puisqu’ils sont là, c’est bien que tous ont le sentiment d’appartenir à une même filière. Et c’est peut-être cela qui manque encore aujourd’hui : une véritable conscience commune d’appartenir à une même famille. Après tout que l’on se cantonne au DDT vente/location, que l’on fasse de l’avant-travaux ou que l’on passe sa vie à visiter des copropriétés dans le cadre du 3PT, on travaille toujours sur le diagnostic du bâti existant.
Et c’est sans doute là que ces premières Assises auront été les plus utiles. Non pas parce qu’elles auront réglé toutes les questions. Mais parce qu’elles auront permis, enfin, à des acteurs qui se connaissent parfois mal — et qui affichent parfois une certaine défiance — d’échanger directement. De comprendre, par exemple, que le poids de la certification, son coût, ses contrôles, n’est pas seulement un problème pour les petits cabinets, mais une difficulté qui pèse sur l’ensemble des diagnostiqueurs. Et que certains combats restent profondément communs : la formation, les contrôles, l’attractivité du métier ou encore la reconnaissance de la filière.

