Le confort d’été n’a plus rien d’un simple agrément. La vulnérabilité du bâtiment à la chaleur devient un enjeu sanitaire majeur. À partir d’une récente étude de l’Inserm, le Cercle Promodul alerte sur le coût humain d’un bâti inadapté aux fortes chaleurs — et met en lumière les angles morts d’un DPE encore largement pensé pour le chauffage et la froide saison.
Neuf ans d’observations, des milliers de données passées au crible, et une réalité qui s’impose : la chaleur tue, même loin des pics caniculaires. En analysant le bâti parisien, les chercheurs de l’Inserm ont établi un lien direct entre morphologie urbaine, végétation et mortalité estivale. Dit simplement, toutes les chaleurs ne se valent pas — et tous les logements non plus.
Pour le Cercle Promodul, l’enjeu dépasse largement la seule question du confort : il s’agit d’« un enjeu systémique, à la croisée de l’urbanisme, de la rénovation du parc bâti, de la végétalisation et des politiques de santé publique ». Le diagnostic est posé, et il est sévère.
Des logements inégaux face à la chaleur
Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. L’environnement joue un rôle essentiel. Entre un centre-ville dense et une zone plus végétalisée, l’écart de température peut atteindre 5°C en journée, et jusqu’à 8°C la nuit. Or, c’est précisément lorsque la chaleur ne redescend pas que les organismes décrochent.
D’autres facteurs entrent en ligne de compte. La végétation, qui réduit le taux de mortalité et protège les populations, même à partir de températures relativement modérées. Il y a aussi la densité du bâti, la hauteur et l’espacement des immeubles, la présence ou l’absence de végétation, la proportion de surfaces imperméables, et l’orientation des rues par rapport aux vents dominants. « Autrement dit, deux immeubles distants de quelques centaines de mètres peuvent connaître des conditions thermiques très différentes », observe le Cercle Promodul.
L’environnement est essentiel, mais le facteur déterminant reste le bâti. Les logements anciens, construits avant 1970, apparaissent particulièrement exposés, faute de conception bioclimatique et de matériaux adaptés. L’étude de l’Inserm le confirme : « les quartiers dominés par des logements construits avant 1950 présentent une surmortalité significativement plus élevée ». Dit autrement, en rénovant correctement ces immeubles, des vies pourraient être épargnées.
Selon le Cercle Promodul, près de cinq millions de logements sont déjà fortement vulnérables à la surchauffe estivale — un chiffre appelé à augmenter « significativement » avec le réchauffement climatique. Les projections évoquent des épisodes de chaleur extrême prolongés de 20 à 60 jours supplémentaires par an d’ici 2050, avec des températures en hausse de 4 à 5°C à l’horizon de la fin du siècle.
Le DPE, un thermomètre calibré pour l’hiver
Et c’est là que le raisonnement actuel montre ses limites. « La seule logique énergétique, rénover d’abord les bâtiments les plus consommateurs selon les critères du DPE, ne coïncide pas nécessairement avec la logique de réduction du risque sanitaire. » En clair, la carte des passoires énergétiques ne recoupe pas celle des logements à risque en été.
Le DPE, lui, reste d’abord calibré pour l’hiver. Certes, depuis 2021, il intègre un indicateur de confort d’été. Mais établi à partir de données sommaires, et réduit à un simple smiley de couleur, il peine à saisir la complexité du phénomène. « Ce diagnostic est pertinent pour les objectifs de décarbonation, mais il est insuffisant pour les objectifs d’adaptation climatique », tranche le Cercle Promodul.
Car le confort d’été ne se joue pas uniquement à l’échelle du logement. « Les performances thermiques estivales d’un logement dépendent certes de ses propres caractéristiques (…) mais aussi, dans une mesure significative, de son environnement immédiat. » Un arbre, une cour végétalisée, un îlot de fraîcheur peuvent infléchir la donne. À l’inverse, un quartier minéral peut transformer un logement correctement isolé en piège thermique.
D’où cette proposition : intégrer dans les outils de diagnostic un véritable « indicateur de vulnérabilité thermique estivale », croisant ancienneté du bâti et densité végétale. Une manière de remettre un peu de réalité dans les priorités. Car un logement classé D ou E peut exposer ses occupants à un risque élevé — non pas à cause de sa consommation de chauffage, mais parce qu’il est situé au mauvais endroit.
En filigrane, c’est toute l’actuelle logique de la rénovation qui vacille. À force de raisonner en kilowattheures, on oublie peut-être quelque chose d’essentiel, demain encore plus qu’aujourd’hui : en matière de logement, la performance ne se mesure pas seulement à l’hiver… mais aussi à la capacité à traverser l’été.

